Le réacteur RBMK-1000


Le quotidien "Industrie socialiste" a révélé qu'un incident ayant dégénéré en un grave incendie, s'est produit en 1978 à la centrale nucléaire de Sverdlovsk,
sur un réacteur du même type que celui de Tchernobyl. (Actualités Soviétiques n°847, 3 mars 1989 en Pdf)


Au moment de l'accident de Tchernobyl, le parc des RBMK comptait 16 réacteurs en fonctionnement :
- 11 en Russie, de puissance 1000 MWe chacun, répartis sur trois centrales : Leningrad (4 réacteurs), Koursk (4 réacteurs) et Smolensk (3 réacteurs)
- 4 en Ukraine (Centrale de Tchernobyl), 1000 MWe chacun
- 1 en Lituanie (Centrale d'Ignalina), 1500 MWe. (Le second réacteur d'Ignalina, 1500 MWe, n'était pas encore en fonctionnement au moment de l'accident de Tchernobyl. Il a été mis en service en décembre 1986).

Tous les réacteurs de Tchernobyl ont été mis à l'arrêt définitif.

Sur les 26 réacteurs RBMK, 1 détruit (n°4 de Tchernobyl), 9 annulés, 9 mis à l'arrêt.

Actuellement 7 réacteurs de type RBMK sont en exploitation :
- Centrale de Leningrad : réacteurs 3 et 4
- Centrale de Smolensk : réacteurs 1, 2 et 3
- Centrale de Koursk : réacteurs 3 et 4
Ces réacteurs ont fait l'objet de modifications de sécurité depuis la catastrophe de Tchernobyl.

 

 

Le RBMK-1000

L'abréviation RBMK signifie réacteur de grande puissance à canaux (parfois la lettre « k » est interprétée comme « bouillant »).

Le RBMK-1000 est un réacteur à modérateur graphite, dont le modèle a été développé en Union soviétique. Il fonctionne avec du combustible enrichi (2 % d'uranium-235), qui est du dioxyde d'uranium. Il s'agit d'un réacteur bouillant, fonctionnant à l'eau légère avec une alimentation directe en vapeur vers les turbines sans échangeur de chaleur intermédiaire. L'eau est pompée dans la partie inférieure des canaux de combustible et, par des tuyaux sous pression, fournit la vapeur qui fait tourner deux turbines électriques de 500 MW chacune.

L'eau sert à la fois de liquide de refroidissement et de source de vapeur pour les turbines. Les tuyaux verticaux sous pression contiennent du dioxyde d'uranium, gainé d'un alliage de zirconium, autour duquel circule le liquide de refroidissement. Un mécanisme spécialement conçu permet de remplacer le combustible sans avoir à arrêter le réacteur.

Modérateur
Le modérateur, dont la fonction est de ralentir les neutrons et de les rendre plus efficaces pour la fission du combustible, est en graphite. Un mélange d'hydrogène et d'hélium circule entre les blocs de graphite, principalement pour empêcher l'oxydation du graphite et pour améliorer le transfert de chaleur produit par l'interaction des neutrons et du graphite du modérateur vers le canal de combustible.

Coeur du réacteur
Le coeur du réacteur est un empilement de graphite constitué de blocs de section 250x250 mm. Au centre de chaque bloc se trouve un trou vertical dans lequel est placé le dispositif de production de vapeur. L'ensemble du dispositif de production de vapeur, de l'empilement et des éléments de leur installation est appelé canal technologique. Il comprend un tuyau, composé d'une partie centrale (en alliage de zirconium), située dans la zone de l'empilement de graphite, et de deux parties terminales en acier inoxydable.

À l'intérieur de la partie centrale du tuyau est suspendu un assemblage combustible (AC), composé de deux faisceaux placés en série. Chaque faisceau est composé de 18 crayons combustibles d'un diamètre extérieur de 13,6 mm, d'une épaisseur de paroi de 0,9 mm et d'une longueur de 3,5 m.

L'eau provenant de la pompe de circulation principale (PCP) pénètre dans la partie inférieure du tuyau de chaque canal et s'écoule vers le haut, baignant les faisceaux de l'AC. L'eau est chauffée jusqu'à l'ébullition, s'évapore partiellement et, avec une teneur en vapeur d'environ 15 %, est dirigée vers les ballons séparateurs. Là, l'eau et la vapeur sont séparées : la vapeur est dirigée vers la turbine à vapeur, tandis que l'eau est renvoyée dans les canaux technologiques par les PCP.

Le coeur (empilement de graphite) est entouré d'une enveloppe métallique étanche et rempli d'un mélange d'hélium et d'azote à une pression légèrement supérieure à la pression atmosphérique. Les dimensions du coeur sont d'environ 7 mètres de haut et 12 mètres de diamètre.

Le réacteur est équipé de quatre pompes de refroidissement, dont une de secours. La réactivité, ou la variation de puissance du réacteur, est contrôlée par l'enfoncement ou le levage de 211 barres de contrôle qui, lorsqu'elles se trouvent dans le coeur, absorbent les neutrons et régulent leur coefficient de multiplication.

La puissance de ce réacteur est de 3200 mégawatts [thermiques] ou 1000 mégawatts électriques, il existe une variante plus grande du même réacteur produisant 1500 mégawatts électriques.

Divers systèmes de sécurité, tels que le système de refroidissement d'urgence du réacteur, ainsi que la norme prévoyant une réserve opérationnelle de réactivité minimale de 30 barres de contrôle, ont été inclus dans le règlement technique du réacteur dès sa création.

La caractéristique la plus importante du réacteur RBMK est qu'il possède un « coefficient de vide positif ». Cela signifie que si la puissance augmente lorsque le débit d'eau diminue, le volume de vapeur produit dans les canaux de combustible augmente, ce qui permet aux neutrons, qui auraient dû être absorbés par l'eau plus dense, d'assurer une plus grande fission du combustible nucléaire. Cependant, à mesure que la puissance augmente, la température du combustible nucléaire augmente également, ce qui entraîne une réduction du flux de neutrons - « coefficient de température négatif ».

Le résultat net de ces deux caractéristiques opposées du réacteur varie en fonction du niveau de puissance. À haut niveau de puissance, en fonctionnement normal, l'effet de température est dominant, de sorte qu'une augmentation de puissance ne provoque pas une surchauffe excessive du combustible nucléaire. Cependant, lorsque le réacteur fonctionne à basse puissance, c'est-à-dire à moins de 20 % du maximum, le coefficient de vide positif commence à jouer un rôle dominant, et le réacteur devient instable et capable de produire des « sursauts » de puissance inattendus. C'est le principal facteur ayant conduit à l'accident.

Extrait de : TCHERNOBYL : LABEUR ET HÉROÏSME - Dédié aux liquidateurs de la catastrophe de Tchernobyl originaires de Krasnoïarsk
Krasnoïarsk, 2011, Polikor LLC, 2011.

 

 

Science et Avenir, février 1993:
A l'Est, quinze Tchernobyl en puissance (Pdf)

 

 

Extrait de "Tchernobyl: Contrainte majeure de la Perestroïka" par Yves Lenoir, 9 juin 1989:

Par ailleurs, le réacteur détruit de Tchernobyl appartenait à la plus ancienne des filières productrices d'électricité exploitées en URSS. Dans un article de synthèse publié en 1983 dans le bulletin n° 2, volume 25 de l'AIEA, B.A. Sémionov, alors chef du Département de Sûreté Nucléaire, expliquait la confiance en laquelle l'énergie nucléaire et notamment la filière RBMK étaient tenue en URSS:
"Un autre facteur important, à savoir le fait que l'énergie nucléaire soir moins dommageable à l'environnement que les énergies conventionnelles, a conduit l'Union Soviétique à favoriser l'énergie nucléaire comme une source d'énergie principale."
"Le développement des réacteurs RBMK commença avec la mise en service de la première centrale nucléaire à Obninsk en 1954..."
"De nombreux facteurs plaidant en faveur des RBMK ont été considérés durant les travaux de conception et de développement. Ils ont été pleinement confirmés lors des phases de construction et d'exploitation:
...le principe structurel consistant à avoir plus de 1000 circuits primaires individuels augmente la sûreté de ce type de réacteur -
un grave accident de perte de réfrigérant est notamment pratiquement impossible."

Mises à part les questions de qualité de construction et de gestion des centrales, soulevées dans la presse soviétique avant l'accident mais passées inaperçues à l'Ouest, l'impression de sûreté était à première vue fondée, et justifiée par trente deux ans d'expérience. D'ailleurs, lorsque les spécialistes se sont penchés sans parti pris sur la sûreté des RBMK 1000, après l'accident, ils ont reconnus que les dispositifs mis en place étaient dans leur principe équivalents, pour le risque majeur normalement pris en compte dans le dimensionnement des installations - la perte de réfrigérant -, à ceux dont sont pourvus les filières développées en Occident. Le physicien Victor Gilinsky, qui était l'un des cinq commissaires de la NRC au moment de l'accident de TMI en 1979, déclara notamment à ce sujet que "les résultats d'une comparaison détaillée peuvent être extrêmement favorables à nos réacteurs, mais ils peuvent aussi être très défavorables." (Int. Herald Tribune, May 20, 1986). Analysant l'ensemble de l'installation après que la cause de la catastrophe eut été révélée, une explosion nucléaire, le physicien suisse André Gsponer pouvait ajouter que "la puissance de l'explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl a été si considérable que même si ce réacteur avait été entouré par une enceinte de confinement supplémentaire de type "PWR", cette enceinte n'aurait résistée. De surcroît, dans le cas particulier, un tel confinement aurait probablement entravé l'ascension des gaz chauds et la formation du "champignon atomique" qui a rapidement entrainé la plus grande partie de la radioactivité dans la haute atmosphère. L'accident de Tchernobyl est donc comparable à un accident de PWR avec perte totale de confinement, mais dont les effets ont été considérablement réduits par des circonstances et une météorologie favorables ."