News.pn/ru/politics,
27/6/2008:
En 1972, dans le district de Krasnohrad, dans
la région de Kharkiv, près du village de Khrestyshte,
s'est produit la première explosion nucléaire en
Ukraine et, vraisemblablement, de toute la partie européenne
[de l'URSS]. Dès le matin, la nature semblait attendre
ce moment : pas un nuage à l'horizon, pas de vent, le soleil
montait au zénith en effaçant les ombres. C'était
un dimanche, le 10 juillet 1972. Exactement à 10h00, la
terre a tremblé et grondé.
La torche sinistre
Les scientifiques ont calculé que le volume des gisements
d'énergie dans cette région atteint trois cents
milliards de mètres cubes. Un puissant gisement de gaz
et de condensat a été découvert en 1970,
et aujourd'hui, plus de la moitié de tout le gaz ukrainien
est extrait dans la région de Kharkiv. En 1971, 17 puits
étaient déjà en activité dans le district
de Krasnohrad.
Un jour de juillet 1971, lors du forage d'un nouveau puits près
du village de Khrestyshte, un incident s'est produit. Le gaz a
jailli avant que le foret n'atteigne la profondeur prévue.
Personne ne s'y attendait. La pression du condensat de gaz atteignait
[...] 400 atmosphères, et le choc d'éjection a projeté
en l'air deux ingénieurs qui se trouvaient à ce
moment-là sur la plateforme supérieure de la tour
de forage (tombés d'une hauteur de plus de 30 mètres,
ils ont tous deux péri).
Les ingénieurs ont passé une journée entière
à décider quoi faire de ce gaz incontrôlable.
Le village le plus proche se trouvait à un demi-kilomètre
du gisement. Ils ont fait le tour de toutes les maisons pour donner
les consignes suivantes : ne pas faire de feu, ne pas passer la
nuit dans les habitations, ne pas fumer, ne pas allumer la lumière.
Ils craignaient une explosion terrible. N'étant pas parvenus
à maîtriser le flux de gaz incontrôlé,
ils ont décidé de l'enflammer. Vers le soir du lendemain,
la fontaine de gaz a été transformée en une
torche haute de plusieurs dizaines de mètres. Elle brûlait
jour et nuit, et la nuit, la torche éclairait presque comme
en plein jour. Pendant un an, plusieurs tentatives ont été
menées pour maîtriser la situation. La méthode
testée - jeter des dalles de béton de plusieurs
tonnes sur le puits - n'a donné aucun résultat :
elles ont éclaté comme des copeaux de bois.
L'atome contre les éléments
De tels incendies sont généralement maîtrisés
par la méthode la plus simple et éprouvée
: creuser autour du puits. Cette
fois-ci, des spécialistes de Moscou sont arrivés
et ont proposé une solution originale : procéder
à une explosion nucléaire souterraine. Celle-ci
a été approuvée par la direction du pays,
signée par le secrétaire général du
Comité central du PCUS, Leonid Brejnev, et le président
du Conseil des ministres de l'URSS, Alexeï Kossyguine. La tâche a été confiée à
une unité spéciale du ministère de l'Agriculture
moyenne du pays, aux troupes du ministère de l'Intérieur
(MVD) et au KGB. Aucune des unités militaires stationnées
en Ukraine n'y a été impliquée. Les spécialistes
locaux n'ont pas été mis dans la confidence du projet,
mais il leur a été exigé de signer un accord
de non-divulgation.
La préparation a duré plusieurs mois. Il a fallu
creuser un autre puits incliné, sur le côté
du puits d'exploitation, à une profondeur de plus de deux
kilomètres, et y installer un dispositif d'explosif nucléaire
se présentant sous la forme d'un long cylindre. Tout était
commandé par un général du département
panrusse qui menait des explosions nucléaires souterraines.
À seulement 400
ou 500 mètres du puits commençait le village de
Pershotravneve, où vivaient à l'époque environ
400 personnes. Les habitants savaient que
l'agitation autour du puits signifiait la préparation de
sa fermeture, mais avec une charge nucléaire... Un anneau d'un rayon de 400 mètres
autour de l'épicentre de la future explosion a été
clôturé en tant que zone spéciale. Elle a
été recouverte d'une couche de sable de rivière
de 20 centimètres. Le poste de commandement et le centre
de contrôle étaient gardés par les troupes
du KGB, et les autres installations par les troupes intérieures
du ministère de l'Intérieur venues de Moscou. Tous
les puits du gisement ont été fermés, et
les employés ont reçu des costumes spéciaux
protégeant des radiations.
Les réseaux électriques et les systèmes d'approvisionnement
en eau ont été coupés. Le village important
le plus proche, Khrestyshte, où tous les habitants de Pershotravneve
ont été évacués une heure avant l'explosion,
se trouvait à seulement deux kilomètres du site
de l'événement. L'autoroute Moscou-Simferopol était
à huit kilomètres.
Au milieu de l'été 1972, tout était prêt.
10 heures du matin, le 10 juillet 1972. Près du poste de
commandement, un hélicoptère vrombit, prêt
à s'envoler immédiatement. Il a été
ordonné à toutes les personnes présentes
à proximité de se tenir sur la pointe des pieds
(une mesure de protection pour éviter de se briser la colonne
vertébrale sous l'effet de l'onde de choc du sol).
Ensuite, le compte à rebours a commencé, et exactement
à 10h00, la terre a tremblé, puis a rugi et grondé.
Tout s'est mélangé. L'explosion. Du cratère du volcan de gaz, un
énorme champignon radioactif brun-gris a jailli à
plus d'un kilomètre de hauteur et a dérivé
lentement en direction de Sanzhary (région de Poltava).
Son ombre est tombée sur le sol, masquant le soleil. Les témoins se rappellent : tout le monde a
eu l'impression que la fin du monde était arrivée.
Ce qui se tenait verticalement auparavant est tombé. Sous
le mouvement de la terre, les gens ont été projetés
en l'air à plusieurs reprises.
Puis, un silence de mort. Les gens ont poussé un soupir
de soulagement, convaincus que la tentative de bloquer le puits
de gaz avec de la roche fondue avait réussi. Mais 20 secondes
plus tard, tout s'est soudain mis à gronder et à
craquer : le cratère du volcan de gaz s'est soudainement
réveillé à pleine puissance. Un puissant
flux de gaz d'un kilomètre, mélangé à
de la roche, a jailli vers le haut.
La désolation après l'explosion
Les animaux cobayes gisaient comme s'ils étaient sans
vie. Les poules s'étaient affalées sur le côté
et les coqs gisaient les pattes en l'air. Les abeilles étaient
sorties des ruches et étaient tombées non loin de
là. Dans les maisons, l'onde de choc a brisé les
vitres, les cheminées et les poêles se sont effondrés,
les murs se sont fissurés. Tout autour, c'était
le plein été, la nature brillait, mais les villages
ressemblaient à des ruines désertes.
La restauration des habitations
des villageois a duré plus d'un an. Leurs propriétaires
n'ont alors jamais connu la vérité sur ce qui s'était
passé.
Le coût de la fermeture du puits s'est avéré
non seulement élevé, mais aussi absurde. L'objectif
n'a pas été atteint : le gaz continuait de jaillir.
Les éléments se sont révélés
plus forts que l'explosion atomique, et tout devait recommencer
à zéro.
Il ne restait plus rien d'autre à faire que de retourner
à l'ancienne méthode éprouvée : creuser
autour du puits. Pendant plusieurs mois, on a creusé une
carrière circulaire de 400 mètres de large et de
20 mètres de profondeur.
En raison du feu qui faisait rage depuis des mois, la chaleur
était incroyable. Le matériel et les personnes effectuant
les fouilles étaient constamment arrosés d'eau.
Il fallait travailler dans des costumes et des casques spéciaux
: du ciel tombaient... des morceaux de glace formés à
la suite de la diffusion.
Dans des conditions extrêmement difficiles, on a réussi
à bloquer le cratère par lequel plus d'un milliard
de mètres cubes de gaz s'étaient échappés
pour brûler inutilement. La domestication des éléments
a duré près d'une année entière, jusqu'en
juillet 1973. Ce puits n'a jamais produit un seul mètre
cube de gaz.
Oubliés de tous
Les gens ont également ressenti l'explosion à
plusieurs kilomètres de là. Juste cette année-là,
je venais passer les vacances d'été chez ma grand-mère,
qui vivait à dix kilomètres de l'épicentre
de l'explosion. Je me rappelle comment, quelques jours avant le
10 juillet, des représentants des autorités locales
parcouraient les cours des villages en parlant d'évacuation.
Ma grand-mère, qui avait survecu aux dures années
de guerre, a commencé à rassembler ce qui lui semblait
le plus nécessaire en de telles circonstances : savon,
allumettes, sel, sucre, des vêtements de première
nécessité, des documents. Personne ne comprenait
ce qui se passait. Les personnes âgées, quant à
elles, ont refusé de quitter leurs foyers de longue date.
« Mourir, autant que ce soit dans sa propre maison »,
disait mon arrière-grand-mère, qui a catégoriquement
refusé de quitter le village. Et des gens comme elle, il
y en avait beaucoup. Les autres ont quitté leurs terres
natales à pied dès le début d'un dimanche
matin. Une longue file de personnes chargées de bagages
s'étirait le long du village, certains emportant même
des chèvres ou des vaches. On se préparait au pire.
Un camp avait été dressé à quelques
kilomètres du village. Et puis, à 10h00, la terre
a commencé à se dérober sous les pieds. Elle
a oscillé plusieurs fois comme de la gelée. Et tout
le monde a vu une immense colonne au-dessus de leurs têtes.
À ce moment-là,
personne n'aurait imaginé qu'il s'agissait d'une explosion
nucléaire. On est rentrés
chez soi tard le soir sur ordre « d'en haut ».
Les flammes ont illuminé le ciel au-dessus du village pendant
toute l'année suivante. La nuit, les lampadaires n'étaient
pas allumés dans les rues : on voyait clair comme au crépuscule.
Les habitants des villages
environnants témoignent : on ne les a pas informés
du danger de radioprotection, on ne les a pas prévenus
qu'il ne fallait pas manger de légumes et de fruits ni
boire de lait. [...]
On l'a su plus tard : il paraît que l'un des villageois
écoutait « La Voix de l'Amérique ».
À plusieurs reprises,
les habitants ont demandé à être reconnus
comme des victimes des radiations, s'adressant à diverses
instances, y compris au gouvernement. Mais ils n'ont jamais reçu
la moindre réponse.
Au début de l'indépendance de l'Ukraine, les habitants
de Pershotravneve ont tenté d'obtenir un statut particulier,
similaire à celui des victimes de Tchernobyl. Mais ils
n'ont pas pu prouver qu'ils avaient souffert des radiations.
Lorsque, en 1987, la région de Poltava, éloignée
de Tchernobyl de centaines de kilomètres, a été
choisie comme zone de culture agricole pour l'alimentation infantile,
à la surprise générale, ce qui semblait être
une région « propre » a produit des denrées
qui étaient loin de l'être. N'est-ce pas parce que,
14 ans avant la catastrophe de Tchernobyl, près du village
slobozhan de Khrestyshte, une monstrueuse expérience atomique
avait été menée ? Après l'explosion,
presque tous les habitants du village sont décédés
de maladies oncologiques - mais est-ce que cela peut préoccuper
quelqu'un là-haut, « au sommet »... ?
Les explosions nucléaires pacifiques
en URSS
En URSS, à partir de 1965, un vaste programme d'utilisation d'explosions
nucléaires dans l'intérêt de l'économie
nationale a été mis en oeuvre. Sur 124 explosions pacifiques (toutes classées
comme souterraines), 117 explosions technologiques ont été
menées en dehors des limites des polygones nucléaires
(de Semipalatinsk et de Novaïa Zemlya).

Dans l'intérêt de la réalisation
de ce programme, seulement 22 % des essais nucléaires ont
été menés (il s'agit d'explosions industrielles
et de la mise au point de charges nucléaires pour celles-ci).
C'est-à-dire qu'1/5ème du programme d'essais nucléaires
de l'URSS était orienté exclusivement vers des fins
civiles.
Les statistiques « atomiques » déclassifiées
au début des années 1990 affirment que des explosions
nucléaires ont également eu lieu sur le territoire
de l'Ukraine. Ainsi, la 28e explosion à des fins pacifiques
(le 363e essai nucléaire en URSS) a retenti le 10 juillet
1972 dans la région de Kharkiv. Son nom : « Fakel
» (La Torche). Sa puissance : 3,8 kilotonnes.
La deuxième et dernière explosion nucléaire
pacifique sur le territoire de la République ukrainienne
a eu lieu en
1979 à la mine « Yunyi Kommunar » dans le Donbass.