Talinkas Live Journal,
3 décembre 2017:

Il y a dans l'oblast de Donetsk la ville de
Iounokomounarovsk, une ville d'importance régionale. De
facto, depuis 2014, la ville est sous le contrôle de la
RPD. Elle est subordonnée au conseil municipal d'Ienakiieve.
Le 12 mai 2016, la Rada suprême d'Ukraine a rebaptisé
la ville du nom de Bunge dans le cadre de la campagne de décommunisation
en Ukraine. Le changement de nom n'a pas été reconnu
par les autorités de la RPD autoproclamée.
La ville a été fondée en 1908, lorsque la
Société métallurgique russo-belge a ouvert
la mine « Bunge » pour fournir du charbon à
l'usine métallurgique Petrovski. En 1924, la mine a reçu
le nom de « Iounkom » (« Jeune Communard »).
Le village minier a également pris ce nom (village des
Jeunes Communards). Le 4 janvier 1965, le village a été
transformé en commune urbaine de Iounokomounarovske. À
partir de 1965, il a obtenu le statut de ville (Iounokomounarovsk).
Le 16 septembre 1979,
une explosion nucléaire souterraine (site « Klivaj
») a été réalisée dans la ville
dans le cadre d'une expérience de explosion atomique. En
août 1963, l'URSS, les États-Unis et la Grande-Bretagne
ont signé le traité de Moscou, qui interdisait les
essais nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace
et sous l'eau. Deux ans plus tard, l'Union soviétique a
lancé un programme d'explosions nucléaires souterraines
« dans l'intérêt de l'économie nationale
». Sur les
124 explosions nucléaires pacifiques (ENP), 117 explosions
technologiques ont été réalisées en
dehors des polygones nucléaires (celui de Semipalatinsk et celui de Nouvelle-Zemble). Dans le cadre de la mise
en uvre du programme d'utilisation pacifique des explosions nucléaires
(explosions industrielles et mise au point des charges nucléaires
correspondantes), seulement 22 % des essais nucléaires
ont été réalisés, c'est-à-dire
qu'un cinquième du programme d'essais nucléaires
de l'URSS était exclusivement destiné à des
objectifs civils.
La 28e
explosion à des fins pacifiques a eu lieu le 9 juillet
1972 en RSS d'Ukraine. Son nom « Fakel » (Torche).
Lieu de l'explosion oblast de Kharkiv. Puissance 3,8
kilotonnes.
La 73e explosion à des fins pacifiques a été
réalisée dans le Donbass sur le site « Klivaj
» (il s'agit de l'aile est de la mine « Iounkom »).
Le but de l'explosion était de réduire les contraintes
dans le massif rocheux, ce qui devait en fin de compte accroître
la sécurité de l'exploitation des couches de charbon.
L'explosion à la mine « Iounkom » (projet «
Klivaj ») est unique. C'est
le seul cas où l'on a tenté de lutter par une explosion
atomique contre un problème toujours d'actualité
les dégagements de méthane et de poussière
de charbon. Ce projet est une création
de l'Institut des mines Skotchinski (ville de Lioubertsy, Russie).
Jusqu'en 1979, la mine « Iounkom » présentait
la fréquence la plus élevée de dégagements
soudains de charbon et de gaz dans le centre du Donbass, liés
à l'état perturbé du massif rocheux dû
à l'influence du chevauchement nord de Iounkom, du chevauchement
de Brunwald et d'autres (42 % des couches exploitées à
la mine « Iounkom » se trouvaient dans une zone de
perturbations tectoniques).
Pour placer la charge, on a creusé, depuis l'horizon 710
m jusqu'à l'horizon 900 m, une descente (galerie) et créé
une chambre d'environ 2 sur 3 m. Les organisateurs ont rencontré une difficulté
inattendue : de l'eau s'infiltrait constamment dans la chambre,
environ trois mètres cubes par jour. Au début, la
réalisation de l'expérience a même été
remise en question, mais on a fini par accepter cette situation.
L'explosion a eu lieu le 16 septembre 1979, à 903 mètres
de profondeur, avec une charge de 300 tonnes équivalent
TNT (à titre de comparaison : à Hiroshima, l'équivalent
était de 20 000 tonnes). Les habitants de Iounokomounarovsk
(et l'explosion a eu lieu pratiquement sous la ville) ont été
évacués sous couvert d'exercices de défense
civile et emmenés à 10 km de là. On les a
fait boire et manger, de la musique jouait, bien sûr, on
ne leur a rien dit sur l'imminence d'une explosion atomique. Mais
les rumeurs sur les essais nucléaires ont immédiatement
circulé. En revanche, même les professionnels ont
longtemps eu du mal à obtenir des informations fiables.
Jusqu'en 1990, ce fait expérimental est resté classé
secret défense.
À la question « L'expérience a-t-elle influencé
le fond de rayonnement dans les villes et villages proches ? »,
il n'y a pas de réponse univoque. On considère que non, le fond à Iounokomounarovsk
est normal. Qui plus est, il correspond à la norme à
quelques dizaines de mètres seulement de l'épicentre,
dès le lendemain, on extrayait du charbon tout près,
dans la mine. Mais il y a une bizarrerie.
À Olkhovatka, à quelques kilomètres de l'épicentre,
on a enregistré un fond radioactif anormalement élevé.
Il atteint 5057 microroentgens par heure. Alors qu'à
Iounokomounarovsk, il est de 15 microroentgens par heure. Comment
l'expliquer ? Les géologues affirment que ce phénomène
n'a aucun rapport avec l'explosion nucléaire : Olkhovatka
serait protégée par un écran géologique
spécial (un chevauchement de roches). De plus, un fond
anormalement élevé similaire a également
été enregistré à Khartsyzk et Zouïevka,
assez éloignées de Iounokomounarovsk...
La situation concernant
les dégagements de méthane n'a pas non plus été
améliorée. L'explosion nucléaire a eu lieu
en septembre 1979, mais dès mars 1980, un dégagement
de méthane s'est produit à la mine « Iounkom
», faisant de nombreuses victimes.
À partir de 1989 environ, à Iounokomounarovsk (et
aussi à Ienakiieve), on a commencé à dire
que les habitants locaux étaient trop souvent malades,
et des mêmes affections que les liquidateurs de la catastrophe
de Tchernobyl. La population a fait pression sur les autorités,
et l'association de production « Ukruglegeologia »
(Donetsk) a finalement été chargée de vérifier la situation radiologique sur le site de l'explosion.
En 1990-1991, deux puits de sondage ont été forés.
L'un est entré directement dans l'épicentre, dans
un corps vitreux d'environ 100 tonnes (l'explosion nucléaire
a créé une cavité de 5 à 6 mètres
de rayon), le second a été foré à
8 mètres de côté, dans la zone de fissures
radiales (la zone de compression et de fracturation a un rayon
de 20 à 25 m). Des scientifiques du Ministère de
l'Énergie atomique ont estimé la contamination radioactive
résiduelle à 60 curies, un chiffre effroyable, due
au plutonium-239 et à l'américium-241, extrêmement
dangereux. Ce sont des radionucléides à très
longue durée de vie, confinés dans une petite chambre
(après l'explosion, pour colmater les éléments
radioactifs, on a injecté du verre liquide dans la cavité
formée). En revanche, même dans la zone des fissures
radiales, à 15 mètres de l'épicentre de l'explosion,
aucune élévation de la radioactivité par
rapport au niveau de fond n'a été constatée.
Les observations de la situation radiologique ont duré
jusqu'en 1998, et sur les puits jusqu'en 2001. En 2001, la mine
a été complètement fermée et on a
voulu la noyer. Tout comme la mine voisine « Krasny Oktyabr
», reliée à « Iounkom » par des
galeries. Actuellement, on pompe l'eau des galeries pour empêcher
la noyade du foyer de l'explosion, et on mesure le niveau de radioactivité.
On y pompe actuellement 500 mètres cubes par heure, sans
produire un gramme de charbon. Cela représente 4,4 millions
de mètres cubes d'eau par an. Les coûts d'entretien
de la mine sont d'au moins 20 millions de hryvnias par an (selon
d'autres estimations, jusqu'à 40 millions de hryvnias).
« Ukruglereestructurisation », sous l'autorité
de laquelle se trouvait la mine « Iounkom » après
sa fermeture, a examiné trois menaces principales pour
la rupture de la capsule explosive. Il s'agit d'abord de la remontée
du niveau des eaux souterraines et de la dissolution des parois
de la chambre de protection. La deuxième menace pourrait
être un tremblement de terre local d'origine technogénique
résultant de la perturbation du massif rocheux. En outre,
les processus tectoniques secondaires pourraient représenter
un danger pour l'intégrité de la capsule.
Sous cette mine à une profondeur de 903
mètres se trouve une capsule nucléaire.
Mais les spécialistes n'avaient pas pu imaginer qu'à
côté de la mine contenant un héritage aussi
monstrueux du passé soviétique, on tirerait avec
des chars, des canons automoteurs [...]. Mais même en excluant
la possibilité d'un impact direct d'obus, cela ne préviendrait
pas la tragédie. Pendant
la guerre dans le Donbass, des dizaines de mines ont été
arrêtées dans la RPD et la RPL. L'équipement
qui devait pomper l'eau a été découpé
pour être revendu comme ferraille, de sorte que les galeries
sont inondées par les eaux. Les eaux minières agressives,
dont le niveau s'élève progressivement, pourraient
éroder la capsule, après quoi son contenu se déverserait
dans la petite rivière Boulavinka, qui se jette dans la
mer d'Azov. Selon les calculs des spécialistes, avec le
taux actuel de remontée du niveau des eaux souterraines,
cela pourrait se produire dans un futur proche, d'ici un à
deux ans.
D'ailleurs, l'ancien chef de l'Administration militaire régionale
de Louhansk, aujourd'hui vice-ministre des Territoires temporairement
occupés et des Personnes déplacées à
l'intérieur du pays, Guiorgui
Touka, en a parlé cet été. Il a déclaré
que le Donbass est au bord d'une catastrophe écologique,
notamment à cause de la contamination radioactive des eaux
souterraines et de l'inondation des mines, et qu'il y a déjà
une pénurie d'eau potable. Mais
[...] a présenté son interview comme étant
éloignée de la réalité et comme une
dramatisation.
Les habitants locaux exprimaient
la même opinion dès 2015 :
« Le site de l'explosion est baigné par les eaux
minières. Et les horizons aquifères des mines communiquent
entre eux. Autrement dit, une contamination des horizons aquifères
de la région du Donbass par des éléments
radioactifs peut se produire. Le niveau d'eau à la mine
"Iounkom" ("Jeune Communard" ndlr) a
déjà dépassé 900 mètres, et
étant donné que la mine est directement reliée
par ses eaux d'exhaure à la mine "Iouzovskaïa",
cela conduira inévitablement à l'inondation des
deux mines et à la contamination des eaux par des déchets
radioactifs dans le bassin de la rivière Donets. Cela entraînera
irrémédiablement une pollution des eaux souterraines
pour toujours, de sorte que dans un proche avenir, le Donbass
est voué à une catastrophe écologique. »
Fait intéressant : l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovytch a un jour déclaré qu'il était lui aussi « né sous un terril, à Iounkom ».